2 Les roches ferrugineuses de Pagala (Togo) et de Tin Akoff (Burkina Faso)

2.1 Les contextes

Pagala, au centre du Togo appartient tant au domaine structural de la Chaîne des Dahomeyides qu'au domaine sédimentaire du Bassin de la Volta (Affaton, 1990). L'essentiel des roches y est d'origine sédimentaire détritique et argileuse et ce contexte était considéré comme défavorable à la métallogenèse (Bessoles et Trompette, 1980). Cependant des sédimentations carbonées, carbonatées et phosphatées sont fortement présentes ainsi que des manifestations d'activité magmatique (Godonou et al, 1986). L'incidence de l'orogènie panafricaine est déterminante dans l'histoire post-sédimentaire et a permis de définir dans le socle Protérozoïque et sur la bordure du Bassin de la Volta des unités structurales ayant subi des contraintes d'Est en Ouest (Affaton, 1990). Néanmoins les résultats des prospections systématiques de Lasserre (1980) et Lasserre et al (1980) couvrant des secteurs voisins ou attenants, concluaient à l'absence de perspectives minières, et interprétaient les affleurements ferrugineux comme des brèches tectoniques ss.

 

La région de Tin Akoff, à la bordure du Bassin de Taoudéni est essentiellement reconnue par son histoire sédimentaire avec des formations détritiques arénacées et argileuses et des formations carbonatées (Delfour, 1965). La lithologie présente beaucoup d'affinités avec les formations du Bassin de la Volta (Delfour et Jeambrun, 1970) et elle a pu être considérée comme un métallotecte favorable aux minéralisations sulfurées (PNUD, 1974). Son histoire post sédimentaire est pour le moment fort mal connue, dans l'ensemble orogénique du Gourma (Reichelt, 1972).

 

A une autre échelle, celle de la sous-région définie en gravimétrie, le secteur du Bassin de Taoudéni où sont connues les ferruginisations, s'inscrit dans une très forte anomalie de pesanteur, anomalie négative centrée sur Tin Akoff - Fadar Fadar, jusqu'à Gao au Nord-Est et Djibo à l'Ouest. Cette anomalie est orientée ENE-WSW sur 600 km et 100 à 300 km de largeur, bordée au Sud par l'anomalie positive de Ouagadougou à Niamey, et au Nord par l'anomalie positive de Mopti à Tichit. La relation entre les anomalies de Fadar Fadar et celle de Ouagadougou-Niamey ressemble en intensité, en contraste et en dimension aux anomalies marquant la chaîne des Dahomeyides, anomalie positive du socle bénino-togolais et anomalie négative de la bordure orientale du Bassin de la Volta, orientée SSW-NNE (Crenn, 1957). L'anomalie négative de Tin Akoff - Fadar Fadar correspondrait, en partie, à une fosse sédimentaire, orientée E-W, suivant l'interprétation du lever aéromagnétique (Terra Surveys, 1976, 1977).

 

Les conditions climatiques actuelles sont fort contrastées, avec un climat soudano guinéen au centre du Togo et des pluviométries annuelles dépassant 1300 mm répartis sur 8 à 9 mois, alors que le climat du Nord Burkina est sahélien avec moins de 500 mm de précipitations annuelles et une longue saison sèche de 8 mois. Il est probable que les différences climatiques, actuelles et passées, jouent un rôle essentiel dans les conditions d'affleurement. A Pagala, sous un couvert de forêt tropicale, de plantations de café et cacao, le relief est vif, maillé d'un réseau serré et des pentes habituelles de 30 à 50 degrés. A Tin Akoff, le couvert végétal est au mieux arbustif, souvent nu, et les affleurements de quelques décimètres ou mètres sont des reliefs, quand les pentes générales sont de moins de 1 %, sans vrai réseau de ruissellemnt. Ainsi les ferruginisations de Pagala sont jeunes, dans un contexte d'érosion active d'un plateau ancien et profondément altéré. A Tin Akoff, l'érosion n'affecte pas directement l'émergence des ferruginisations car elle n'est pas incisive mais en nappe, sans axes bien définis et avec des limites de bassins versants imprécis. Ceci se résume en des ferruginisations jeunes, des lessivages et érosions intenses à Pagala ; des ferruginisations et des lessivages anciens à Tin Akoff ; sans que ces états ne soient quantifiables dans leur dynamique.